jeudi 15 février 2018




Comme vous le savez, Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, a été condamné injustement à 6 mois de prison renouvelables, sous le statut de la « détention administrative. ». C’est-à-dire sans connaître précisément ce qui lui est reproché, sans avoir accès à son dossier classé secret, sans avoir droit à un procès équitable et contradictoire.
Depuis plusieurs mois, nous nous sommes mobilisé.e.s pour dénoncer cette  injustice
Les 6 mois de détention administrative prennent fin dans la semaine du 23 février, mais aujourd’hui plus que jamais, nous devons renforcer notre mobilisation.
Le comité de soutien organise une initiative très importante le vendredi 16 février à Ivry-sur -Seine, une dernière initiative d’ampleur pour faire tout ce qui est possible pour obtenir la libération de Salah Hamouri.
📅 Vendredi 16 février 
⏰ Dès 19h jusqu'à 23h
📍 Espace Robespierre. 2 rue Robespierre 94200 Ivry-sur-Seine
🚇 Métro 7: Mairie d'Ivry

Avec les témoignages de : 
Clémentine Autain (FI), Benoît Hamon(Génération.S), Fabien Gay (PCF), Gilbert Roger (PS), Noel Mamere(Ecologiste), Olivier Besancenot(NPA), Jean François Mbaye (LREM), Michel Voisin (LR), François Rochebloine (UDI), Bertrand Heilbronn (AFPS),Jean-Guy Greilsamer (UJFP), Pierre Tartakowsky (LDH), Pascal Boniface,Rony BraumanPatrick Le Hyaric, Maitre Bérenger Tourné et Elsa Lefort

Table-ronde sur le traitement médiatique de l’affaire Salah Hamouri, avec 
Alain GreshDominique VidalBarbancey Pierre, Denis Sieffert, animée par Nadir Dendoune.

Musique : 
HK et les déserteurs 


Une cagnotte a été mis en place par le comité de soutien https://www.leetchi.com/c/liberezsalahhamouri pour financer les supports de communication (affiches, t-shirts, cartes pétitions, flyer, site web ...) et aussi pour  financer les frais de déplacements pour aller apporter le témoignage d'Elsa Lefort en dehors de l’Ile de France.


En espérant vous y voir nombreuses et nombreux

mardi 6 février 2018

Retour sur la soirée des voeux de l'association Amitié PalestineSolidarité



Discours des vœux:


AMITIE PALESTINE SOLIDARITE

 SOIREE DES VOEUX 2018

26 JANVIER 2018

 








Chers amis,








Merci d’avoir répondu à l’invitation d’Amitié Palestine Solidarité.
 
 


Merci aux associations partenaires d’être parmi nous : l’AFPS de Bondy, le collectif Palestine de Créteil, Echanges et solidarité de la RATP. Merci à Amnesty International, et aux amis du Secours Populaire Français de Seine et Marne.

Au nom de l’association, je vous adresse, ainsi qu’à vos proches tous nos vœux de bonheur pour 2017.

Nous souhaitons une année de paix, de liberté, d’espoir et de tolérance en France et dans le monde.

Nelson Mandela a déclaré : « je ne suis pas libre si je prive quelqu’un d’autre de liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous 2 dépossédés de leur humanité ».

La Palestine est privée de liberté.

L’année 2017 a été marquée par l’aggravation des conditions de vie des Palestiniens, l’accélération de l’extension des colonies qui est un véritable cancer, la répression brutale des militaires israéliens pour briser la Résistance, par des milliers d’arrestations et des dizaines de morts au cours d’affrontements quotidiens. L’armée israélienne tire à balles réelles face à des palestiniens désarmés. Gaza est de plus en plus invivable et toujours sous blocus. Les Palestiniens sont à bout après 50 ans d’occupation illégale. Cette situation est inacceptable et contraire aux droits humains.

L’année 2017 est aussi marquée par la déclaration de TRUMP reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. C’est une attaque inacceptable contre la paix dans le monde. Le Président des Etats-Unis viole le droit international et prend le risque d’embraser tout le Moyen-Orient. Rappelons que la résolution 478 de l’ONU condamne Israël faisant de Jérusalem sa capitale.

Pire, TRUMP a rencontré hier son ami Netanyahu et lui a assuré qu’il envisage de supprimer les subventions versées à l’ONU pour la Palestine. C’est une déclaration de guerre.

Dans le même temps, le gouvernement français déclare l’année 2018 « Saison France/Israël ». De nombreuses manifestations  culturelles sont prévues pour le 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël.

Nous sommes choqués.  Israël est 1 Etat colonial et la France doit porter haut et fort auprès de l’Europe et de l’ONU l’exigence internationale d’une paix fondée sur le droit.  Le premier acte fondateur doit passer par la reconnaissance de l’Etat de Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale, la suppression de la colonisation et de l’occupation militaire et le droit au retour des réfugiés.  

AU CONTRAIRE, en France, l’année 2018 doit être l’année de la Palestine au travers de multiples actions de solidarité, de manifestations culturelles, de campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Nous soutenons à ce titre l’appel de nombreux artistes engagés pour la Palestine.

La question des prisonniers politiques est centrale.

Les arrestations de masse des Palestiniens  sont un rouage central du mécanisme qui permet à Israël de contrôler les Territoires occupés et de briser la résistance.

Depuis le début de l’occupation en 1967, les tribunaux militaires  israéliens ont emprisonné illégalement environ 800 000 Palestiniens. Il n’existe pas une famille palestinienne sans qu’un de ses membres n’ait été en prison.

Selon ADAMMER, l’ONG des droits de l’homme, Israël retient dans ces geôles 6 171 palestiniens, dont :

  • 58 femmes,
  • 434 internements administratifs, dont Salah HAMOURI et Ahed TAMIMI,
  • 70 prisonniers des territoires de 48,
  • 500 de Jérusalem-Est,
  • 320 de la bande de Gaza,
  • 10 membres du Conseil législatif,
     

  • 30 prisonniers d’avant Oslo,
  • 470 purgeant 1 peine de 20 ans,
  • 525 prisonniers purgeant des peines à perpétuité dont Marwan BARGHOUTI,
  • 43 détenus condamnés à plus de 20 ans,
  • 21 condamnés à plus de 25 ans,
  • 350 enfants.
  • Par ailleurs, depuis l’année 2000, plus de 12 000 enfants palestiniens ont été arrêtés.
  • Du 17 avril au 27 mai 2017, plus de 1 600 prisonniers politiques ont fait la grève de la faim.


Cette liste fait froid dans le dos.


Tous les prisonniers connaissent des conditions de vie terribles et la torture est pratiquée. Au delà des 350 enfants prisonniers, l’UNICEF affirme que ces derniers sont particulièrement maltraités. Elle estime à environ 700 enfants chaque année de 12 à 17 ans, souvent des garçons, qui sont arrêtés, interrogés, détenus par l’armée et la police.


Ces mineurs sont traduits devant des tribunaux militaires. La convention des droits de l’enfant est bafouée.


L’UNICEF indique que ces mauvais traitements comprennent  l’arrestation d’enfants chez eux entre minuit et cinq heures du matin par des soldats lourdement armés, leur yeux sont bandés, leurs mains liées par des attaches en plastique. Ils sont mis à l’isolement, les aveux sont forcés en l’absence d’avocats ou des membres de la famille pendant l’interrogatoire ».


Nous connaissons personnellement Salah HAMOURI qui est franco-palestinien et Ahed TAMIMI. Avec Marwan BARGHOUTI, ils sont les symboles de tous les prisonniers politiques.


Salah a été emprisonné une première fois pendant 7 ans de 2004 à 2011, tout simplement parce qu’il est opposé à l’occupation de sa patrie. A chacun de nos précédents voyages en Palestine, lorsqu’il était détenu, nous avons rencontré sa famille Denise et Ziad HAMOURI pour leur apporter notre solidarité. Nous avons prévu de les rencontrer de nouveau lors de notre futur séjour en avril/mai de cette année. Auparavant, emprisonné dans 1 prison du Néguev, Salah a été transféré depuis le 31 décembre dernier dans la prison de Meggido en Israël réputée pour être particulièrement dure envers les prisonniers.  Il est en détention administrative depuis le 23 aout  pour 6 mois, autant de fois qu’en décidera l’arbitraire de la justice israélienne.


 


La première fois que nous avons rencontré Ahed dans son village de Nabi Saleh, elle avait 13 ans. C’était une jeune adolescente semblable à toutes les autres adolescentes du monde entier. La seule différence, c’est que depuis l’âge de 7 ans, Ahed est une activiste pacifiste aux cotés de sa famille, comme de très nombreux jeunes palestiniens. Amitié Palestine Solidarité avait choisi de séjourner dans ce village, car Nabi Saleh est le village symbole soutenu par Amnesty International pour sa résistance à l’occupant. Entouré de colonies illégales, notamment la colonie Halanish, les terres du village sont spoliées et détruites par les bombes lacrymogènes, sa source d’eau est récupérée par les colons et est devenu un lieu touristique. Les oliviers ne poussent plus.  Chaque nuit, les militaires viennent dans les maisons pour menacer les familles. Nous en avons été les témoins. Nous avions choisi de séjourner chez la famille TAMINI car le père d’Ahed, Bassem, ancien prisonnier d’opinion est adopté par Amnesty. A chaque séjour en Palestine, nous avons dormi dans leur maison, mangé avec eux. Leur accueil est formidable, chaleureux et terriblement humain.


Ahed a aujourd’hui 16 ans et en aura 17, le 31 janvier 2018 le jour de son jugement. Le 15 décembre, son  petit cousin Mohamed TAMIMI a été laissé pour mort avec une balle logée dans la tête. Une heure plus tard, lourdement armés, des militaires sont allés à son domicile (comme tant de fois).  Elle leur a dit de partir et a voulu les empêcher de rentrer dans sa maison. Le 19 décembre, elle est enlevée par les soldats en pleine nuit chez elle, puis traduite devant un tribunal militaire. Elle risque 12 ans de prison. Sa mère et sa cousine ont été emprisonnées, mais relâchées. Son père dit qu’elle est une combattante de la liberté et la représentante d’une nouvelle génération du peuple palestinien. Il lui a écrit une lettre : « Aucun parent au monde ne désire voir sa fille passer ses jours en cellule de détention. Cependant, toi et ta génération, vous avez assez de courage finalement pour gagner. Vos actions et votre courage me remplissent d’une crainte mêlée d’admiration et me font venir les larmes aux yeux. Mais conforment à ta demande ma fille, mes larmes ce ne sont pas des larmes de tristesse ni de regret, mais plutôt des larmes de lutte ».


Comme toujours, nous serons hébergés par la famille TAMIMI dans notre futur séjour.


Battons-nous pour exiger la libération de Salah, d’Ahed, de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers politiques ! Nous vous invitons à signer toutes les pétitions qui sont sur Internet.


Un mot sur la situation de Jérusalem qui est une question centrale. Israël judaïse à marche forcée Jérusalem-Est.  Occupée illégalement depuis 1967 par les militaires, la ville historique qui appartient aux palestiniens constitue là-aussi un enjeu stratégique pour Israël qui souhaite en faire un territoire exclusivement juif : changement de noms des rues, confiscation des terres, expulsion forcée des palestiniens de leurs maisons, transformation de l’urbanisme…


Malgré cette situation dramatique l’espoir et des avancées existent. En Palestine, la jeunesse et le peuple résistent. Des milliers de jeunes participent au péril de leur vie aux manifestations pacifistes. En Israël, des jeunes filles et garçons viennent de refuser publiquement d’être  incorporés dans l’armée d’occupation. De nombreuses voix  s’élèvent pour la paix. Nous allons rencontrer des associations anticolonistes israéliennes qui se battent pour la paix et des refuzniks. Au niveau international, le conseil de sécurité de l’ONU a condamné TRUMP pour ses déclarations.


En France, le mouvement de solidarité avec la Palestine s’élargit. La très forte mobilisation d’élus et de citoyens pour la libération de Salah, d’Ahed et des autres prisonniers en témoigne. Enfin, la campagne BDS qui exige des sanctions et le désinvestissement des entreprises en Israël  porte ses fruits. Cette campagne est appuyée aujourd’hui par le lancement de la pétition d’Amnesty pour l’interdiction des produits issus des colonies.


Le rapport de force international, la pression des peuples et les actions de solidarité peuvent seuls renverser la situation !


Amitié Palestine Solidarité est de tous ces combats.  Par ailleurs, notre association pour 2018 continue et accentue ses  actions de solidarité.


Les projets que nous développons ont pour objectif l’émancipation humaine et l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Ils contribuent aussi concrètement à l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens. Nous les menons en partenariat avec plusieurs associations palestiniennes et israéliennes, notamment avec SUNFLOWER, dont la présidente est notre amie Fadwa KHADER.


 


Je vais en citer quelques uns rapidement :


  • La campagne « 1 million d’oliviers pour la paix » avec les agriculteurs de Tulkarem  pour ré-implanter les oliviers arrachés par les colons : 10 euros pour 1 olivier planté.
  • La campagne « un cartable pour la Palestine » pour l’éducation des enfants. Donner 10 euros pour un cartable, c’est aider les enfants dans leur scolarité qui subissent les checks-points, le mur de séparation et les agressions des soldats et des colons.
  •  Soutien à la rénovation de l’école de la ville d’Al Ram près de Jérusalem-Est,
  • Soutien à une association israélienne IMNA’A qui développe une culture de la paix et le rapprochement entre Palestiniens d’Israël et Palestiniens de Cisjordanie
  • Partenariat avec la ville de Chalette-sur-Loing : 3 salariés de la ville d’Al Ram sont venus en formation pour devenir ambassadeur du tri des déchets,
  • Le soutien au camp de réfugiés d’Al Fara entre Naplouse et de Jénine. Nous avons créé le réseau solidaire des amis du Camp d’Al Fara, en partenariat avec l’AFPS Bondy, Echanges et Solidarité, l’association Enfants de Palestine de Chambéry, la ville de Choisy, le Département de la Seine-Saint-Denis.
    Le projet est de contribuer à la construction d’un parc écologique pour les enfants et les familles avec une piscine, un théâtre, des  jeux, un jardin pédagogique, 1 cafétéria.  
  • Vente d’artisanat palestinien pour faire connaître la culture et les savoir-faire palestiniens et permettre l’autonomie financière des femmes, au travers de la broderie notamment.
  • Enfin, nous organisons tous les 2 ans 1 voyage en Palestine. Notre prochain séjour est programmé du 27 avril au 10 mai et notre délégation est de 16 participants.
  • Nous parrainons également 50 prisonniers politiques.


En conclusion, pour mettre en œuvre tous ces projets nous avons besoin de votre soutien financier.


Nous vous invitons  à adhérer à Amitié Palestine Solidarité avec une participation de 10 euros minimum.


Par ailleurs, plusieurs sources de financement sont possibles :


  • Vous pouvez prendre un ou plusieurs bons pour les oliviers ou les cartables. Ils sont à votre disposition sur la table. 
  •  Vous pouvez financer les cartables également sur Halloasso
  • Concernant le camp d’Al Fara, au-delà d’un simple soutien financier ou d’un don, vous pouvez aussi participer au financement participatif sur : halloasso-échange et solidarité. Déjà, nous avons 32 contributeurs et 1 560 euros ont été collectés pour 1 objectif de 7 000 euros. Les dons sont défiscalisés à hauteur 66%.


Pour finir, je vous fait part du message de Fadwa KHADER à l’occasion de nos voeux : « Je connais très bien la famille TAMIMI et Salah HAMOURI. Il est très important aussi de parler des centaines d’enfants dans les prisons israéliennes après les manifestions contre la déclaration de TRUMP sur Jérusalem. Vous ne pouvez pas imaginer ce qui se passe. Les soldats israéliens nous empêchent de tenir le drapeau palestinien. A Jérusalem quant la police et les soldats ont vu ca, ils ont agit avec une violence terrible avec des coups, des arrestations et des tirs en balles de caoutchoucs. Ces jours-ci, ils construisent un endroit spécial sécurisé devant la porte de Damas pour contrôler le cœur de Jérusalem avec leurs caméras et empêcher toute protestation ».


A notre tour, de dire à Fadwa :  En Palestine, il est interdit de brandir le drapeau palestinien, ICI en France, NOUS LE brandissons en signe de protestation, de soutien et d’hommage au peuple palestinien !


LIBERTE POUR LA PALESTINE, LIBERTE POUR SALAH, LIBERTE POUR AHED, LIBERTE POUR TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES PALESTINIENS!


Je vous remercie pour votre attention.

vendredi 2 février 2018

Ahed Tamimi, 17 ans aujourd'hui, dans les geôles de Netanyahou


L’évènement in l’Humanité du 31 janvier 2018

PROCHE-ORIENT

Ahed Tamimi, 17 ans aujourd'hui, dans les geôles de Netanyahou

https://content.milibris.com/access/bd092187-521a-485f-bfef-04205e5be8bd/articles/51b94383-d1f0-4872-b2a0-db98bf4eabc0.jpg

 

Ahed Tamimi a 17 ans aujourd'hui. Elle les « fête » dans un uniforme marron de prisonnière, au fond d'une cellule israélienne. Cette jeune Palestinienne, dont le visage est maintenant connu dans le monde entier, a osé défier la soldatesque israélienne qui venait de défigurer, par le tir d'une balle métallique enrobée de caoutchouc, son cousin Mohammed. Elle a donné une claque à un militaire, des coups de pied à un autre. La scène a été filmée. Le gouvernement d'extrême droite israélien a décidé d'en faire un exemple. Il l'a fait arrêter en pleine nuit, le 15 décembre. Le ministre israélien de l'Éducation (sic), un colon, souhaite qu'elle finisse sa vie en prison. Son procès a été reporté au 6 février. Ahed n'est pas seule dans ce cas : 350 mineurs palestiniens sont aujourd'hui emprisonnés. Ils sont traités comme des adultes. La plupart du temps, ils subissent des interrogatoires sans la présence de leurs parents ou d'un avocat, au mépris des conventions internationales. Les chiffres montrent que les enfants sont maintenant particulièrement ciblés par la répression israélienne, qui veut sans doute écraser dans l'oeuf la révolte de la nouvelle génération de Palestiniens. Tel-Aviv bénéficie du silence complice des capitales internationales, comme dans le cas du Franco-Palestinien Salah Hamouri, au cinquième mois de sa détention administrative.

 

Ahed Tamimi, un visage pour les 350 mineurs palestiniens détenus


PIERRE BARBANCEY

Elle a 17 ans aujourd'hui. L'adolescente palestinienne arrêtée le 15 décembre encourt sept ans de prison pour avoir défié les soldats israéliens. À travers elle, est posé le sort des enfants arrêtés par l'occupant au mépris des lois internationales.

 

Ses geôliers israéliens vont-ils apporter un gâteau d'anniversaire à Ahed Tamimi ? La jeune fille « fête » aujourd'hui ses 17 ans. À l'âge où, comme l'écrivait Rimbaud, « on n'est pas sérieux », la voici au fond d'une cellule, éloignée de sa famille, de ses amis, parce qu'en Palestine occupée une enfant est vite confrontée à l'horreur militaire, à la violence des colons, au manque de liberté, à l'impossible avenir. Alors, forcément, quand on est palestinien, on est sérieux, même à 17 ans.

 

Ahed est de Nabi Saleh, à une vingtaine de kilomètres de Ramallah, en Cisjordanie. Un village qui a toujours été en révolte contre l'occupant et qui l'a toujours payé chèrement. Depuis 2010 ­ elle n'avait que 9 ans ­ des manifestations pacifiques et non violentes s'y déroulaient chaque semaine. Réponse simple de l'armée israélienne : gaz lacrymogène, balles de métal enveloppées de caoutchouc et balles réelles. Jusqu'en 2016. À 15 ans, Ahed, dont le père, Bassem, est l'un des leaders de la contestation (et arrêté à plusieurs reprises), voit 350 villageois blessés par les Israéliens. L'année précédente elle s'était elle-même affrontée à la soldatesque en empêchant, avec d'autres, qu'un militaire arrête un petit garçon, plus jeune qu'elle. Sur une photo on la voit, avec ses tresses blondes, en jean, vêtue d'un tee-shirt rose, se débattre pour faire lâcher prise au soldat israélien dont la main, comme un étau, lui enserre le visage. La résistance comme morale de vie.

 

En ce mois de décembre 2017, Ahed, comme tous les Palestiniens, est révoltée par la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. Une colère qui s'exprime sur l'ensemble des territoires palestiniens. À Gaza, Ibrahim Abou Thouraya, 29 ans, est tué par les tirs israéliens. Il se trouvait sur une chaise roulante parce qu'il avait perdu ses deux jambes lors d'une attaque sur la bande de Gaza en 2008. En Cisjordanie les manifestations se multiplient.

 

UN COUSIN D'AHED, MINEUR, EST TOUCHÉ EN PLEIN VISAGE PAR UNE BALLE


 

Le 15 décembre, les jeunes lanceurs de pierres palestiniens ­ qui encourent plus de dix ans pour ce geste de gavroche depuis que le Parlement israélien a voté une nouvelle loi qui concerne tous les Palestiniens quel que soit leur âge ­ affrontent l'une des armées les plus puissantes et les plus équipées au monde. Mohammed, 14 ans, un cousin d'Ahed, mineur, est touché en plein visage par une balle en caoutchouc dont la force est telle qu'elle peut briser une mâchoire, voire tuer si elle tape le coeur. On imagine la douleur et la colère de la jeune fille quand elle aperçoit, devant la maison familiale, deux soldats israéliens. La voilà qui sort de chez elle avec sa cousine pour leur dire de partir. Ils ne bougent pas. Ahed en gifle un, donne des coups de pied à l'autre. Aucun ne bronche. La scène est filmée avec un téléphone portable. La vidéo va vite faire le tour des réseaux sociaux et devenir virale. L'utilisation de l'image ne saurait être seulement dans les mains du dominant.

 

Tout va ensuite très vite. Une grande partie de l'opinion publique israélienne y voit un outrage contre « l'armée la plus morale du monde » et parle de provocation orchestrée. David n'est pas toujours celui qu'on pense et ça fait mal ! Le gouvernement droite-extrême droite israélien, dirigé par Benyamin Netanyahou et dont le ministre de la Défense n'est autre qu'Avigdor Lieberman (il avait déclaré, en 2015, que tous les Arabes israéliens qui ne sont pas fidèles à Israël devraient « être décapités à la hache »), ne se fait pas prier. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, un peu avant l'aube, les soldats investissent la maison. Ils menottent Ahed et l'emmènent. Le 20, elle est présentée devant un tribunal militaire israélien. « Elles doivent finir leurs vies en prison », éructe Naftali Bennett, ministre israélien de l'Éducation (sic) à l'encontre d'Ahed, de sa mère, Nariman, et de sa cousine Nour, elles aussi arrêtées.

Le 1er janvier, le procureur d'un tribunal militaire israélien a requis douze chefs d'inculpation contre Ahed et cinq contre sa mère. Nour a été inculpée pour agression aggravée et atteinte à des soldats en fonction.

 

Ahed Tamimi est devenue un symbole de l'acharnement israélien contre ces jeunes Palestiniens. Leurs arrièregrands-parents ont subi la Nakba (la catastrophe) en 1948, leurs grands-parents ont rejoint les fedayins, leurs parents ont participé à la première Intifada, puis ont placé leurs espoirs dans les accords d'Oslo.

Durant l'année 2017, 6 742 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ont été détenus. Parmi eux, 1 467 enfants. Leurs grands frères ont fait la seconde Intifada. Eux sont les enfants d'Oslo. Chômeurs, lycéens, ouvriers ou étudiants, ils ne croient plus en rien, sauf en leur liberté. Une liberté étouffée par l'occupation israélienne, piétinée par des colons haineux et racistes dont l'impunité est patente.

 

Le cas d'Ahed Tamimi et de sa famille inquiète et dérange les autorités israéliennes, qui ne reculent devant rien pour éteindre l'incendie et l'émotion perceptible dans le monde entier. Elles veulent maintenant faire croire qu'il ne s'agit pas d'une vraie famille. Une commission secrète de la Knesset, qui s'est réunie en 2015, a examiné si « les membres de la famille ont été choisis pour leur apparence ­ blonds, aux yeux bleus et à la peau claire », a malencontreusement révélé un ministre israélien, qui parle de « Pallywood » et remet en cause le port à l'envers d'une casquette de base-ball. « Même les Européens ne portent pas de casquettes de base-ball arrière », croit-il savoir.

 

LE PROCÈS D'AHED A ÉTÉ REPORTÉ AU 6 FÉVRIER


 

Les chiffres de la répression sont pourtant là, terribles, fournis par plusieurs organisations palestiniennes, dont Addameer et le Club des prisonniers. Ils montrent surtout que l'occupant israélien a décidé de cibler les enfants comme s'il voulait tuer dans l'oeuf toute résistance. Ainsi, en décembre 2014, ils étaient 156 mineurs emprisonnés. Ils sont 350 aujourd'hui, soit plus du double. Or, dans le même temps, le nombre total de prisonniers palestiniens a augmenté de moins de 1 %. Il faut également prendre en compte les arrestations, les rafles, opérées particulièrement à Jérusalem-Est. Ainsi, durant l'année 2017, 6 742 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ont été dé tenus. Parmi eux, 1 467 enfants. En décembre 2016, 29 % des enfants détenus étaient résidents de Jérusalem-Est.

Des chiffres qui ne sauraient masquer la violence infligée à ces mineurs. Ils sont traités comme des adultes, arrêtés sans ménagement, souvent extirpés de leur lit en pleine nuit. 97 % d'entre eux sont interrogés sans la présence d'un avocat ou d'un parent, au mépris de toutes les lois et de la 4e convention de Genève et de la Convention des droits de l'enfant. Celle-ci stipule, dans son article 37, que l'emprisonnement d'un enfant ne doit advenir qu'en cas d'extrême nécessité. La plupart du temps, les interrogatoires durent vingt jours, et ce n'est qu'à l'issue qu'une inculpation est prononcée. Durant ces interrogatoires toutes les mesures de coercition sont utilisées, comme par exemple la menace de faire venir une soeur ou une cousine, ce qui, dans une société conservatrice, est profondément déstabilisant pour un jeune garçon à qui l'on fait croire que sa culpabilité a été confirmée par un tiers. Quand ils ne sont pas emprisonnés, ces enfants sont souvent placés en résidence surveillée pendant plusieurs mois.

 

Le procès d'Ahed devait avoir lieu aujourd'hui. Il a été reporté au 6 février, à la demande de son avocate, afin d'obtenir « plus de temps pour bien étudier le dossier », ainsi que l'a précisé le père, Bassem Tamimi. Elle est passible de sept ans de prison. Elle porte maintenant l'uniforme marron des prisonniers. Malgré cela, ses yeux pétillent, ses boucles blondes tombent en cascade sur ses épaules, défiant l'enfermement et l'occupation. Ahed a 17 ans aujourd'hui.

 

6 300 C'est le nombre de Palestiniens emprisonnés par Israël, dont 350 enfants, 58 femmes (dont 9 mineures), 450 détenus administratifs, 10 députés et 22 journalistes.

 

 

UN ADO DE 16 ANS TUÉ À RAMALLAH Le ministère palestinien de la Santé a informé hier qu'un adolescent de 16 ans a été tué par des tirs de soldats israéliens au nord de Ramallah, en Cisjordanie occupée.